C'est un siège !
C’est un siège ! Je viens tout juste de comprendre. Nous sommes assiégés ; pas par un ennemi ethnique, non, c’est un siège contre nous-mêmes. Cloisonnés avec notre fierté, nos idéaux, nous sommes assaillis par l’envie d’abandonner, par le manque de volonté, par notre désir insidieux de mollesse, de confort, notre refus du sacrifice. C’est la facilité qui nous assiège, c’est l’indifférence dévoreuse de volonté, c’est l’incrédulité égraineuse d’espoir, c’est le pessimisme qui contamine la pureté d’une résolution, c’est l’amertume qui grafigne les rêves de granit, c’est le froid, c’est l’hiver, c’est l’alcool, c’est la peur de payer plus de taxes, de voir se diminuer ses régimes de retraite, c’est la peur de payer ses oranges plus cher, c’est le « ça sert à rien, ça arrivera jamais », c’est « le confort et l’indifférence »!
Malgré cette lourdeur de boue, ce sommeil de neige mouillée, ce soir, et depuis toujours, nous demeurons debout, éveillés, postés imperturbablement sur nos racines, d’où nous continuons à puiser la sève dorée qui confère cette unique saveur à notre culture, nous restons, têtus, à scander le refrain de nos hymnes écorchés, qui palpitent, à vif, gorgées des volontés hurlantes de nos ancêtres, de leurs mots qui nous lacèrent la mémoire collective, d’où jaillit le flot inépuisable de notre identité.
Jocelyn Martel-Thibault