Le moulin est lancé !
14h15
Quelques lecteurs sont déjà arrivés au village de tentes, dans l’enceinte grillagée située à une trentaine de mètres de la scène ; ce sera le lieu ou décompresser après la lecture, le catalyseur de stress du groupe à venir et l’aire ou se reposer cette nuit tout à la fois ; grosso modo : les rouages du Moulin. Les gens se saluent, s’installent en petites grappes, étendus sur le gazon, relisant leurs textes, ou bien assis sur une table à pique-nique, placotant. Je reconnais quelques acteurs, d’autres visages me sont vaguement familiers, mais la plupart me sont inconnus.
14h30
Une myriade de lecteurs fait son entrée dans l’enceinte, des groupes se forment. Au centre, le tipi - une grande tente de toile blanche garnie de trois longues tables – commence à s’animer. On s’aperçoit vite que la communauté culturelle québécoise forme un groupe serré. Éparpillés dans cet imposant amas d’élites culturelles, des bénévoles encore anonymes se tiennent debout, hébétés, quelque peu intimidés. Ils viennent nous voir, nous, les autres visages inconnus, question de se sentir moins égarés au sein de ce qui ressemble en tout point à une grande réunion de famille. Mais comme dans toute famille, certains sont timides, mal-à-l’aise, et d’autres s’exhibent. Certains sont rassembleurs, d’autres, plus solitaires. Pour l’instant, on est content de se voir, c’est tout. Le Moulin est le prétexte de leur rencontre, bien sûr, mais laissé en plan le temps des salutations.
14h50
Brigitte Haentjens rassemble son monde. Aux côtés de Biz et de Sébastien Ricard, elle dicte les consignes. L’ambiance commence à se tendre. On sent le trac qui s’immisce dans la foule.
14h55
« En scène dans cinq minutes ! » Des exclamations montent du groupe de lecteurs. L'ultime nervosité gagne le groupe. Haentjens calme son monde, le temps de leur faire de chaleureux remerciements, la voix mouillée de larmes de reconnaissance, et on lui rend ses émotions dans une sincère ruée d’applaudissements. Tout le monde sort, fébrile, nerveux. On dit que plus on foule la scène, plus le trac augmente avant chaque prestation. Je le sens bien.
15h00
Sous la tente maintenant presque déserte, on allume le moniteur d’où l’on pourra entendre les textes et voir les lecteurs. Le comité organisateur lance l'introduction; on souffle sur la première pale; le Moulin à Paroles est lancé.