Heures creuses
L'éclairage halogène de la tente centrale du faux-camps indien - dans lequel les compteurs, lecteurs, acteurs et historiens viennent se reposer entre deux lectures de textes - rebondit sur le tissu blanc pour finalement ne rebondir sur rien d'autre.
Le chapiteau miniature constituant notre QG est pratiquement vide. À l'intérieur, il y a moi, Simon, et Jocelyn, l'autre chroniqueur bénévole de cette veillée québécoise. Il y a aussi un homme qui boit de temps à autres une gorgée dans le genre de gourde métallique qu'on imagine de coutume contenir un quelconque alcool fort. Deux femmes, aussi, l'une d'entre elles s'est endormi.
L'écran LCD trônant sur un cube de « plywood » entre le buffet de beurre d'arachides, de pistaches, de cachous et de chips, du four à micro-onde et de notre meilleur allié, la machine à café, retransmet l'image de Pierre Curzi qui, quelques heures auparavant, a suscité une vive réaction de la foule, alors encore dense, uniforme et pleine d'énergie.
Notre deuxième allié en cette soirée, une « chaufferette » électrique conçue pour une seule personne, émet ce son monocorde et rassurant en nous transmettant un peu de chaleur.
Les textes, déjà déroulés la veille, prennent des résonances familières. Une impression de constant déjà-vu.
Nous sommes au creux de la nuit : les moments critiques durant lesquels le soleil semble vouloir poindre à tout instant sans jamais vraiment se décider à survoler l'horizon. La chaleur est une denrée rare. Quelques cents courageux, le visage bouffi, emmitouflés dans tous les vêtements qu'ils ont pensé emporter, servent d'auditoire fidèle aux interprètes toujours aussi énergiques et passionnés qui se succèdent sur la scène.
Les applaudissements sont plus rares, mais ils en sont d'autant plus précieux. Les clameurs puissantes de la foule nombreuse valent bien celles chaleureuses des quelques téméraires.
Si tout va comme prévu, le soleil sera bien haut dans le ciel que nos orateurs apporteront encore à notre mémoire les fragments oubliés de l'histoire québécoise.
Simon Gamache
P.S. Tout ne va pas comme prévu. Il pleut.