Une foule sur la scène
La scène a quelque chose d'épique : des tribuns devant les citoyens. Au-delà de toute supposition politique, en fait, ce qu'on a vu en cette dernière scène, le dernier arc des pales du moulin, ce sont les porteurs des textes de notre identité. Tous ces porteurs d'une histoire et d'une culture, tous ces représentants de notre savoir écrit sont, en effet, dans le plus pure sens du terme, des tribuns : porteurs de la voix d'un peuple.
La clameur qui s'ensuit émane de cette masse de lecteurs, d'orateurs, d'artistes et d'intellectuels, de politiciens et d'auteurs - tout le monde lit un texte, porte des mots différents, toutes les voix s'entremêlent dans un brouhaha euphorique - ça représente le brouhaha de l'identité rapportée durant les dernières vingt-quatre heures, les inuits qui voisinaient les Mohawks, et des américains, et des Français, et des textes de Québécois, d'Ontariens, des textes de partout qui à s'entendre, comme ça, tous déclamés en même temps, tous résonnant confusément, on a l'impression, nous, assis, citoyens, que ça forme un tout, qu'en ces dernières vingt-quatre heures, tout cela a pris sens.
Et Brigitte Haentjens qui invite à partager ces mots, à notre tour. Encouragement à la violence, le Moulin à paroles? Laissez-moi rire.
David Bélanger