Mal à ma langue
23h41
Les spectateurs tiennent bon. Depuis le début de l'évènement, à trois heure de l'après-midi, la foule a gardé son courage et sa détermination qui permettent à son nombre de remplir à heure tardive cette fraction des plaines d'Abraham où Wolf a défait Montcalm. Pas d'artifice pour les retenir. Seulement les textes drus et vrais de la parole québécoise des siècles passés.
Pourtant, ils restent, obstinément, malgré les Celcius se retirant au fil des minutes et le sommeil qui tente sans relâche de clamer son dû.
Aucune raison, sinon l'idée que chaque présence est importante ce soir pour cette célébration de la parole québécoise. Thème récurrent de la soirée, le danger de l'assimilation, de la perte de notre identité, de la noyade culturelle collective au profit de la pensé anglo-américaine. La langue du Québec, les cicatrices et les accidents de parcours qui l'ont forgé et qui en ont composé la sonorité unique au monde dont nous sommes désormais les gardiens, se perd. Elle est engourdie, atrophiée et sans usage. Ses cris sont sans écho, ses plaintes sans réponse.
Pourquoi, ce soir, les gens restent-ils sur les plaines de la défaite ? Parce que, à ce moment de commémoration, chaque personne se sent investie d'une mission. Ce soir, la langue se dégourdit, se dénoue, se délie, nous livre les secrets de notre histoire, de notre identité, de notre origine, de notre destinée, de ce que nous avons fait hier et de ce que nous ferons demain.
Ce soir, les gens restent pour écouter, pour apprendre, pour retenir et répéter, pour être sûrs que, même si notre langue est endormie, elle ne meurt jamais.
Simon Gamache